Parcours d'un prisonnier de guerre

Publié le 13/08/2017 par Cédric dans Première Guerre Mondiale.

Les archives du CICR (Comité International de la Croix Rouge) révèlent enfin leurs secrets sur le parcours de prisonniers de guerre de mon arrière grand père, Charles Delrieu. Explication de ces découvertes dans ce nouvel article.

 

Quelques rappels biographiques :

Charles est natif de Fresnes-sur-Escaut. Il a accompli son devoir de citoyen en réalisant son service militaire au 33ème Régiment d’Infanterie à Arras, dans le Pas de Calais, à l’âge de 21 ans.

Il s’est construit une petite vie à Condé sur l’Escaut avec sa femme Léonie où il était charcutier. Mon aïeul n’a malheureusement pas profité longtemps de sa jeune épouse qui est décédée après seulement un an et demi d’union. Léonie a quand même donné naissance à une petite fille Jeanne avant de succomber sept mois plus tard de la rubéole.

Mémoire de famille : Léonie a contracté cette maladie pendant sa grossesse. Le bébé est naît infecté par le virus et a été placé en couveuse dans une boîte à chaussure rempli de ouate.

C’est dans ce contexte, veuf, et père d’une enfant de quatre ans que mon aïeul a été mobilisé le 3 août 1914 à Valenciennes.

 

Ordre de mobilisation générale

 

Son parcours militaire issu de sa fiche matricule :

Il a tout de suite été affecté au 2e régiment d’infanterie territorial en tant que brancardier. Les Territoriaux dits les « Pépères »  étaient considérés comme trop âgés et plus assez entraînés pour intégrer un régiment de première ligne d’active ou de réserve.

Ce régiment a très vite été envoyé à Maubeuge pour défendre la place forte de la ville. Il y a été fait prisonnier un mois plus tard et interné au camp de prisonnier de Minden en Allemagne. Charles y séjournera quatre longues années avant d’être rapatrié à Marseille, un peu avant la fin de la guerre, le 7 novembre 1918. Un mois plus tard, il est à nouveau sollicité par la nation pour être affecté à la première section d’infirmier en tant que brancardier à Lille, dans le Nord. Il sera enfin libéré de ses obligations militaires le 6 février 1919 et retrouvera sa famille à Escautpont.

 

Fiche Matricule de Charles DELRIEU

Fiche matricule de Charles DELRIEU.

Cliquez sur l'image pour afficher la fiche.

 

Les révélations du CICR :

Pour approfondir le parcours de mon ancêtre, je me suis intéressé aux documents de la Croix Rouge (CICR). Elle a mis en ligne l’ensemble de ses archives de la Première Guerre Mondiale concernant les fiches des prisonniers de guerre. Manque de chance la fiche de mon ancêtre n’était pas disponible... Il fallait patienter plusieurs mois le temps que tous les éléments soient numérisés. Finalement, après de nombreuses relances, il s’est avéré qu’un problème technique sur le site m’empêchait d’accéder à la fiche de Charles. J’ai quand même réussi à obtenir cette dernière grâce à la transmission exceptionnelle des documents par mail.

 

Fiche CICR

Dossier de prisonnier de Guerre de Charles DELRIEU.

Cliquez sur l'image pour le consulter.

 

Nouvelle découverte dans la fiche P76938. Charles a été transféré vers un autre camp de prisonniers lors de son internement à Minden. Entre le 21 février 1918 et 5 mars 1918, il a rejoint le camp Friedrichsfeld, situé à environ 230 km de Minden.

La fiche P100830 fait état de deux nouveaux transferts. Celui au camp de Mannheim, puis celui au camp de Konstanz. Par conséquent mon ancêtre n’est pas resté quatre ans au camp de prisonniers de Minden. Il a successivement été transféré à Friedrichsfeld, Mannheim et Konstanz pour enfin être rapatrié sanitaire à Marseille (fiche S906).

Il s’avère que le camp de Konstanz était spécialisé dans l’évaluation de la réelle gravité des maladies des prisonniers. Ce qui me laisse à penser que mon ancêtre était gravement malade. En effet, si l’on s’attache à la localisation géographique de chacun des camps de prisonniers où il a séjourné, le cheminement s’effectue en permanence vers le sud : vers le camp de Konstanz.

 

Parcours de Charles Antoine en tant que prisonnier de Guerre.

 

De plus, ce camp avait la réputation de refouler bon nombre de prisonniers vers leurs camps d’origine à la suite d’une dernière visite médical. Enfin, il y avait effectivement plusieurs hôpitaux militaires dans la ville de Marseille.

Ce qui étaye également cette hypothèse est la date à laquelle il a été réaffecté à la première section d’infirmier un mois plus tard : le 8 décembre 1918. Ce qui peut correspondre à une période de soin.

Ceci lève le voile sur la raison pour laquelle il a été « libéré » avant la fin de la guerre, le 5 novembre 1918.

Après son rétablissement, Charles-Antoine est arrivé à Lille, le 10 décembre 1918 à nouveau comme brancardier.

 

Cependant une interrogation subsiste : le circuit classique pour le retour d’un rapatrié sanitaire est le camp de Konstanz vers Lyon, alors que Charles a, lui, été rapatrié à Marseille.

Mémoire de famille : Charles a été affecté à deux reprises au poste de brancardier à cause de sa profession de charcutier car il n’avait pas peur du sang.

Pour terminer, j’ai retrouvé une trace du passage de mon aïeul dans le camp de Minden au sein de La Gazette des Ardennes, journal allemand de propagande et d’information, reprenant la liste des prisonniers de guerre.

Dans l’édition du 3 mai 1915 il est fait mention d’un « Derimeux Charles » d’Escautpont du 2e régiment d’infanterie territorial. Bien qu’il y ait une erreur dans le nom de famille de Charles, par déduction, il s’agit bien de ce dernier (il n’y a pas de Derimeux originaire d’Escautpont ni ayant appartenu à ce régiment).

 

Gazette des ardennes

Extrait de la Gazette des Ardennes.

 

Ces documents m’ont permis d’approfondir mes connaissances sur mon aïeul ainsi que de pouvoir retracer son parcours militaire de sa mobilisation à sa libération.

 

Je reviendrai prochainement sur les camps de Mannheim, Friedrichsfeld et Konstanz.

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